Interview


Extrait d'une interview du “Régulateur de la République”
(La version intégrale figure dans le vol. 4 de la série)

QUESTION. – Quelle est la difficulté d’écrire ce genre de polar ?
SAFON. – Là, c’est du polar pour rire, pas vraiment du roman policier ciselé et documenté. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font de vrais polars, car pour être crédible, il faut être logique dans l’action, documenté, ce doit être précis, et s’il y a des invraisemblances, le lecteur décroche. Là, la difficulté, c’est de maintenir l’éveil du lecteur par l’action, il ne faut jamais que ça s’arrête, ou que ça tombe dans la routine, et c’est complexe.

QUESTION. – Pourquoi y a-t-il tant de violence ?
SAFON. – La violence est omniprésente dans cette série, et c’est fait exprès. Je pense qu’exhiber la violence dans l’expression est un moyen de canaliser celle qui nous habite. Comment comprendre l’engouement du public pour les films ou les romans policiers, autrement ? C’est que le lecteur ou le spectateur est fasciné par cet état de marginalité qu’il vit par personne interposée. De la même façon, la brutalité du Régulateur permet d’abréacter les tensions que nous accumulons au fil des journées. Lorsque dans Inglorious Basterds, Quentin Tarantino emprisonne tous les leaders du IIIe Reich dans un cinéma et y met le feu, même si c’est évidemment historiquement faux, même si ça relève d’une justice barbare, on jubile quand même.

QUESTION. – Vous parliez de Tarantino, c’est un modèle ?
SAFON. – Forcément. Dans Tarantino, la parole précède l’action, de façon très oppressante la plupart du temps. J’aime bien ces ambiances où l’ont sent monter les tensions, où l’on retarde le moment tout en sachant que le déchaînement est inévitable. Si je devais être complet sur ces aspects, j’y ajouterais une touche des frères Coen car la dérision que je pratique est plus palpable chez cette influence-là.

QUESTION. – À propos d’influences, c’est évidemment San-Antonio…
SAFON. – L’influence de San-Antonio se fait par capillarité, parce que je baigne dans son langage depuis toujours. C’est comme de lire le Canard Enchaîné chaque semaine pendant trente ans, vous finissez par pratiquer la même ironie. C’est purement mécanique.

Extrait d'une conférence du Régulateur

Il y a en a toujours eu, des régulateurs, et heureusement, sinon, ce serait le bordel !
Au départ, bon, comment dirais-je, ça avait un petit côté artisanal, hein, faut bien dire.
C’est pas pour critiquer les anciennes générations, hein, faut respecter les anciens, bien sûr, c’est d’eux que nous tenons notre enseignement, mais bon, le coup de Robert Boulin par exemple, excusez du peu, mais bon…

Un ministre du Travail sous Giscard. Il a l’opportunité de devenir Premier ministre, et là, pouf, en pleine nuit, à la fin du mois d’octobre, là, il se dit « tiens, si j’allais piquer une tête dans l’étang de Saint-Cucufa ! ». En costard et tout, hein, même pas en maillot ! Encore, il se serait jeté en slibard, mais non, tout habillé, on l’a retrouvé noyé dans 50 centimètres d’eau. Bon, ben excusez-moi, mais c’est ce qu’on appelle de l’amateurisme, je suis désolé.

Bien loin de la méthode employée en 84 pour Teddy Vrignault, vous savez, le deuxième « Frères ennemis ». Vous voyez qui c’est, les « Fréres ennemis », j’espère ! Ne me dites pas que je suis le seul vieux, ici ! Eh bien lui, on l’a pas retrouvé du tout ! Rien ! Pas ça ! L’autre, ça lui a brisé sa carrière, pardi, il pouvait pas être « « Frère ennemi » tout seul ! Là, au moins, c’était discret, comme disparition. Le gars a su gérer de première.

Pas comme pour Coluche et son accident de moto. Le carnage ! C’est vrai qu’un gars qui tourne la République en rigolade, il fallait pas le laisser traîner, hein.

Mais alors le plus spectaculaire, c’est encore Thierry Sabine et Daniel Balavoine. Comment ces types-là ont-ils pu se viander en hélicoptère en chopant le seul arbre à des kilomètres à la ronde en plein désert sans le faire exprès ?

Aujourd’hui, la fonction de régulateur s’est très professionnalisée. On ne fait plus appel à des rigolos. C’est un métier, quoi, merde !

La version intégrale du texte est disponible au format PDF en cliquant sur ce lien.