Extraits

Quelques échantillons à déguster sans modération.

Vous pouvez aussi télécharger un document (PDF) présentant de larges extraits des 4 premiers volumes de la série.

EXTRAIT DU VOL. 3 - De la viande collée aux murs - Une petite scène récréative et désopilante

Devant l’inefficacité de mes collègues, je décidai de prendre les choses en main et demandai le volant à Geoffrin.
–  Et vous irez où, avec le volant, hein ? Vous irez où ? On est paumés !
–  On est dans la merde, répéta Gravier.
–  Écoutez, les gars, vous allez tous les deux passer derrière et vous allez vous calmer, O.K. ? Sinon, je me fâche.
Rien que la perspective de me voir fâché leur déclencha des sueurs froides dans l’entre-deux et ils obtempérèrent.
Je pris quelques secondes pour consulter la carte, et dis :
–  O.K. ! C’est pas compliqué, c’est un domaine à la sortie de ce village, là, Sestein. Il suffit donc de trouver Sestein, et on aura gagné.
Quelques petits rires perplexes me parvinrent de la banquette arrière, mais je fis celui qui n’entendait pas.
Au volant de la cagagnette, je me sentis soudain un peu mieux. Moins mal au cœur, déjà. Je roulis, non, roula, bon, roulai un instant lentement, le temps de trouver un bipède quelconque.
Il s’agissait d’un bon vieux pedzouille précédant un troupeau de bovins qui prenait toute la largeur de la route.
Je m’arrêtai à sa hauteur et lui jetai :
–  Dites-moi, mon brave !
Mais je compris instantanément que je venais de commettre un impair. Mon brave me regarda de biais et s’approcha sans joie, probablement seulement mu par la curiosité.
–  C’est par là, Sestein ?
Le vieux se pencha un peu à la portière. Il contempla un instant mes sbires, déguisés en artisans modèles et sortit un énorme mouchoir à carreaux pour y pondre au moins une huître.
–  C’est selon, lâcha-t-il ensuite, c’est selon.
Désireux de compenser l’effet malheureux de ma prise de contact, je lui votai un sourire franc et massif et lui demandai :
–  C’est selon quoi, cher monsieur ?
Il fit un grand geste avec son bras au bout duquel pendait encore le mouchoir et sembla s’animer avec véhémence :
–  Ben oui, quoi, c’est selon, quoi, c’est selon par où vous voulez passer. Y’a plusieurs chemins, faut voir, c’est selon ! Puis d’abord qu’est-ce que vous voulez aller y faire, hein, à Sestein ? Y’a rien à y faire, dans c’te bled !
–  Je vous demande juste si c’est par là, virgulai‑je en gardant mon calme sans problème.
–  Ouais ! Ouais ! Par là, tu peux aussi ! Y’a pas, tu peux ! C’est plus long, mais tu peux.
Quelques rires étouffés fusèrent de la banquette arrière.
–  Et le plus court, c’est par où ? demandai-je courtoisement.
–  Oh alors, là, faut faire tout le tour pour repartir dans le sens inverse.
–  Et dans ce sens, je fais comment ?
Même les vaches me regardaient d’un air réprobateur. Je sentais également mes collègues se fendre carrément la pipe, désormais, mais je réglerais tout cela plus tard.
–  Si tu vas tout droit, mon gars, tout droit pendant un moment, tu passes devant la ferme des Grabougras, hein, c’est ma ferme, c’est moi, Grabougras, c’est mon nom, alors après, un moment après, tu tombes sur un croisement, hein, une espèce de carrefour, tu vois, deux routes qui se croisent. Alors là, si tu tournes à droite, ça passe le Galot et la ferme de Ternais, et après, ça rejoint la nationale, et c’est pas là. Alors que si tu vas à gauche, c’est vers les Champs-Brûlés, et alors là, c’est sûr, tu te paumes. Ah, tu vas te paumer, c’est sûr.
–  On est dans merde, plaça Gravier.
–  Ouais, confirma le bouseux. Alors là, faut aller tout droit ! Tout droit tout droit tout droit, mais pas longtemps, juste cinquante mètres pour prendre à l’oblique à travers la forêt de Mollebouse, et alors là, tu passes le Ramponneau du Bouquet, la Valleuse du Bourreau, tu vois, tu la vois, la Valleuse du Bourreau, et là, là, faut prendre à droite pour rejoindre la vallée du Biros. Le Biros, c’est la rivière. Faut suivre la rivière, mais de toute façon, t’as plus qu’à suivre le panneau, c’est toi qui vois.