C'est qui ?

Le personnage principal, c’est Safon, normal.
Il est Régulateur de la République, c’est un statut.

En fait, on ne devient pas équarrisseur gouvernemental comme ça, Safon n’a pas toujours été régulateur, c’est une longue histoire, faudrait raconter. Bon, je raconte :

Au départ, Safon était un mec translucide, fade, sans épaisseur, blafard, un des ces gars qui rentre dans une banque avec un flingue à la main mais qui passe inaperçu. Il ressemblait à Étienne, le personnage principal du Chiendent, de Raymond Queneau, il n’avait pas d’existence tangible.
Rangé des voitures, bien sage, il était programmeur-Cobol dans une société de matériel sanitaire, et c’est là  que son patron lui a confié une mission qui a changé sa vie. C’est ce qui est raconté dans  Des r’mous dans la gelée de groseilles (vol. 4).

Cette histoire lui a mis le pied à l’étrier et c’est ainsi qu’il est devenu détective privé, et c’est là qu’il s’est mis à rendre des services, d’abord au commissaire Demaideux, du district de Cergy-Pontoise (le même que celui de Crimes entre parenthèses), et puis à des huiles de plus en plus haut placées. Jusqu’à l’État lui-même, c’est dire.

Mais c’est une longue histoire, là encore, je ne suis pas sûr de pouvoir tout raconter. Les aventures de Safon sont une saga digne des Rougon-Maquart, alors je sais pas si j’aurai le temps de tout dire…


QUELQUES PERSONNAGES

Jackson
C’est un bon gars, dès le départ, mais c’est aussi un type qui dit qu’il faut savoir saisir sa chance, c’est sa phrase. Et c’est comme ça qu’il entre dans l’aventure des Piafs se planquent pour caner… Lorsqu’il trouve de l’argent mal gagné, par exemple, il pense que cet argent peut aussi bien tomber dans sa poche que dans une autre, surtout si c’est l’argent de la drogue qui contamine notre jeunesse, non, c’est trop moche.
Jackson n’est pas vraiment violent, c’est un grand romantique qui ne souhaite que le bonheur avec Daniella, une délicieuse luronne bien travailleuse sans parlote, qu’il s’est anschlussé en ouvrant son restaurant sur les berges du lac d’Aiguebellette dans Victoire par chaos.
Il sera encore là dans le troisième épisode, au secours d’un Safon pédalant completely in the potage, mais ça, faut le lire pour le croire.

Le Major
Malcolm est un type honnête. C’est assez rare dans mes polars pour qu’on lui fasse une place particulière…
Malcolm, le Major, donc (personne ne sait pourquoi on l’appelle commako, ça doit remonter au service militaire, il avait fait les élèves gradés) est du genre à rapporter une mallette de blé à son propriétaire lorsqu’il la trouve dans une consigne. Un genre… Heureusement que Jackson est là pour lui éviter cette connerie.
Sinon, c’est un mec bien, il reviendra, si la série se poursuit, parce que dans la vraie vie, il a fait des trucs pas croyables, et c’est pour ça que je m’indigne contre les flétrisseurs de mémoires qui feraient mieux de fermer leur claque-merde.

Le ministre (les politiques en général)
Ils sont haut placés, font preuve d’autorité, mais au fond, ce sont de grands enfants qu’il faut tout le temps rassurer. Ils ont peur de leur hiérarchie, ou du peuple lorsqu’ils sont au sommet. Ils ont tellement la trouille qu’ils en deviennent pathétiques. Ils perdent très vite les pédales et c’est pour ça qu’ils ont besoin d’un régulateur, pour les rassurer, finalement, le régulateur, c’est un peu leur doudou, en fait.

Brigitte
C’est l’épouse aimante de Safon. Elle a une particularité : elle se barre souvent avec les gosses, généralement en début d’épisode, pour revenir à la fin. C’est comme ça.
Elle n’apprécie pas le boulot de son mari, elle tremble pour lui, elle trouve que c’est pas un métier durable. Donc, elle crise souvent.
Sinon, elle est très amoureuse, au point de jouer un grand rôle de sauveuse dans le dernier épisode.

Les femmes
Elles sont généralement valorisées. Les hommes apparaissent souvent un peu benêts par rapport à elles.
Brigitte, on l’a vu, a du tempérament. Daniella, l’amie de Jackson est à la fois une grande bosseuse et une femme sensuelle. Ulricka, qui devient l’amie de Malcolm, même si elle passe au départ pour une vieille rombière, finira par nous émouvoir dans Les Piafs. Magali Mireille et sa sœur tiennent tête à la pègre toulonnaise. Les autres personnages féminins sont plus effacés. Il y a aussi de grands moments de machisme dans les romans (l’apparition de Pomponette, par exemple), mais c’est pour dénoncer, au contraire…

Les méchants
L’avantage des méchants, c’est qu’on n’a pas de remords à les faire mourir puisqu’ils sont méchants. L’inconvénient, c’est qu’il faut tout le temps en recréer de nouveaux, un peu différents, avec des psychologies variées, et c’est du boulot.
Y’a le genre de méchants qui se la jouent grands princes, les huiles (Zed Laztec, Friday Sharp, l’Archange, La Comtesse, Gonflard). C’est pas ça qui va leur permettre d’échapper à une mort le plus souvent violente (respectivement: les entrailles explosées par un 9mn, empalé sur un pieu de clôture, éviscéré, mangé par les chiens, coupé en deux par un tir de mitraillette).
Y’a le genre lieutenant de confiance (Urubu Zérubio, Vlokoff, Lambroso) qui connaissent des destins semblables (coupé à la mitraillette, écrasé dans une presse à puzzles, mangé par les chiens).
Et y’a les petites frappes, qui font moins peur que pitié, des hommes de main bas de plafond, et qui passent aussi de sales moments (la tête dans un four à micro-ondes, la cervelle explosée par deux barres à mines, écrasés par l’auto de Jackson, etc., j’en passe).
Y’a tellement de gens méchants dans la vie que les modèles ne manquent pas.

Les nettoyeurs
C’est un service de l’Intérieur vachement pratique ! Parce que comment tu veux rendre la justice s’il faut tout le temps se préoccuper des tâches ménagères ?
Il suffit d’un appel aux Nettoyeurs, et de donner le code, bien sûr, sinon, ce serait trop fastoche, et ils viennent arranger le terrain après les explications – et surtout emporter la viande froide !
Jamais vu des mecs aussi documentés sur la façon de faire disparaître les projections de sang, par exemple, et ce en fonction du support: sur le coton, c’est avec de l’acide oxylique, sinon, c’est avec de l’acide acétique, faut être outillé, c’est un vrai savoir faire, faut pas croire.
Tenez, madame, sauriez-vous faire disparaître les traces de cervelle ? Ben les nettoyeurs, eux, savent : c’est avec du tétrachlorure de carbone ou du trichloréthylène, et imprégner très légèrement avec l’excédent de dissolvant pour retirer les petits bouts d’os qui accompagnent généralement les projections.
Le Service des Nettoyeurs, c’est un service qui, grâce à Safon, se porte plutôt bien (lorsqu’on fait quelque chose, il faut toujours se demander si c’est bon pour l’emploi).
C’est grâce au Régulateur, ça.

Les flics
Je ne les ai pas trop bien traités, les policiers. Il fallait donner l’illusion que seul le Régulateur était efficace, et que les autres n’assuraient pas.
Kraczyck s’en sort relativement bien, notamment dans son interrogatoire de Laztec, et Gravier est héroïque sur la fin de La Viande : on doit saluer le courage et l’abnégation dont il fait preuve dans une performance que son mental d’acier lui permet de réaliser. Sinon, les autres sont des imbéciles. Tellier est traité de con à chacune de ses interventions alors qu’on ne voit pas pourquoi il mérite cette insulte.

Les personnages secondaires
Parfois, ils sont très sympathiques, comme le boxeur Hakim Novak, qui me plait beaucoup, une tendre et gentille brute, je le ferai réapparaître sûrement, ainsi que la jolie Marika, “celle qu’il y puise sa force”.
Nénesse, le curé défroqué par amour, hypercool mais armé jusqu’aux dents.
Virgil Negrescu, l’infirmier roumain qui maîtrise le web.
J’ai déjà parlé de Gravier (dit “on est dans la merde”). Il reviendra, c’est sûr. C’est typiquement le faire-valoir parfait.
Parfois, ils sont plutôt antipathiques, les concierges, par exemple, personnages récurrents et horriblement moqués, l’assistante de l’avocat Gonflard, aussi.

Tous ces personnages constituent une famille, soit en leur nom propre, soit de par leur fonction (voyous, flics, politiques). Armés de cette famille, on peut envisager de nombreuses aventures. Profession : Régulateur n’en est peut-être qu’au début de l’aventure…